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Intervention de Bernard Deflesselles sur le renforcement des troupes françaises en Afghanistan - 1er avril 2008

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier Ministre,
Messieurs les Ministres,
Mes chers Collègues,

Depuis la fin de l’année 2001, la France est présente en Afghanistan. Elle est présente à travers des hommes et des femmes qui portent nos idéaux. Ils sont 1 700. Vous comprendrez donc que, loin des polémiques, mes premières pensées leur sont destinées.

Après les évènements du 11 septembre 2001, notre pays a immédiatement approuvé l’envoi de troupes pour combattre les talibans qui abritaient et soutenaient des terroristes.
L’assassinat du Commandant Massoud, deux jours avant les attaques contre New York et Washington, indiquait clairement que l’une des clés de la lutte contre le terrorisme se trouvait sur le sol afghan.

Depuis 2001, pas moins de huit résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies régissent le mandat de la Force Internationale d’Assistance à la Sécurité (FIAS) plus connue sous son vocable anglais ISAF. L’ISAF n’est certes pas une force des Nations-Unies -nos soldats ne sont pas des casques bleus- mais elle est placée sous l’autorité du Conseil de Sécurité. Elle est à l’heure actuelle composée de 39 nations qui interviennent à des degrés divers selon leur capacité ; 26 d'entre elles étant membres de l’OTAN.

Nous sommes donc en Afghanistan avec un mandat clair de l’ONU.

Notre mission dans ce contexte est actuellement de sécuriser Kaboul et ses environs. Nous y assurons entre autre des missions de formation de l’armée afghane mais aussi de déminage et de ramassage de munitions non explosées. Nous y soignons des hommes et des femmes touchés par la guerre ou la maladie.

Aujourd'hui, la situation, après plusieurs années de combats, demeure extrêmement complexe. L’OTAN qui a pris le commandement des opérations en août 2003, a besoin de troupes supplémentaires pour combattre les forces d'Al Qaïda et les talibans encore présents en nombre dans certaines parties du pays.

La France a donc décidé de répondre favorablement à cet appel.

Loin d’être isolée, loin d’être à contre-courant, elle est accompagnée par 11 autres nations, qui viennent elles aussi d’accepter de renforcer leurs effectifs.
Au-delà de la polémique que cette annonce a suscité, la seule question que nous devons nous poser, la seule qui vaille demeure celle-ci : notre pays peut-il rester en dehors de cette lutte contre le terrorisme, là où la plupart de nos alliés sont largement impliqués ?
A cette question, je réponds et le groupe UMP répond : notre pays se doit d’assumer sa part de la tâche, c’est là son devoir mais aussi son honneur vis-à-vis d'un pays qui construit sa démocratie avec un Président élu, un Parlement légitime et près de 6 millions d'enfants à nouveau scolarisés. Notre pays se doit aussi d'assumer ses responsabilités envers le Conseil de Sécurité et ses alliés.

A ce titre mes chers Collègues, je reprendrais à mon compte la phrase qu’avait prononcé Lionel Jospin alors Premier Ministre pour justifier devant nous, en novembre 2001, l’envoi de forces supplémentaires en Afghanistan :


« … la lutte armée contre le terrorisme n’est pas achevée. La poursuite de l’action militaire ciblée …s’impose donc ». Six années plus tard, on peut certes le regretter, mais cette lutte n’est à l’évidence pas terminée.

Dois-je rappeler par ailleurs, que ce débat n’avait pas en son temps, donné lieu à un vote. Est-ce à dire que Monsieur Jospin en 2001 ne respectait pas le Parlement ? Personne ne peut le croire ou n'ose l'insinuer ! Il respectait le Parlement, tout comme il respectait la Constitution, tout comme le Président de la République et le Premier Ministre respectent l’un et l’autre aujourd’hui.
Pas plus en 2001 que pour les opérations précédentes nous ne serons, mes chers Collègues, appelés à voter … La Constitution de 1958, chacune et chacun le sait dans cet hémicycle, ne le prévoit pas.

Cela ne doit pas prêter à polémique et si nous le regrettons, alors saisissons, sur tous ces bancs, l’opportunité qui va se présenter à nous début juin : voter la réforme institutionnelle qui modifiera profondément le rôle et les pouvoirs du Parlement. Elle nous permettra de nous prononcer, de débattre et de voter lorsqu'une opération militaire extérieure se prolongera au-delà de six mois.

Pour ce qui concerne le précédent du 16 janvier 1991 et la Guerre du Golfe, je me permets de vous rappeler que le contexte était fort différent. Tout d'abord il s'agissait pour la Gauche de consolider par un vote de confiance une majorité qui en avait grand besoin. Ensuite, l’opération Daguet comptait presque 20 000 hommes et la professionnalisation des armées n’était pas encore décidée…. Je vous rappelle aussi que ce vote a eu lieu le 16 janvier et que les bombardements de l’Irak ont commencé dès le 17…


J’ai une grande confiance en la capacité de nos forces armées mais je doute qu’elles aient attendu notre aval pour se préparer à agir !!! Je doute également que notre vote ait emporté la décision !

En 1991, nous étions en guerre contre un pays qui avait délibérément envahi puis annexé son voisin au mépris de toutes les règles du droit international. En 2001, nous sommes intervenus en Afghanistan contre un régime qui n’avait aucune reconnaissance internationale et qui abritait des organisations terroristes. Aujourd’hui encore nous sommes en Afghanistan à la demande du Gouvernement légitime et reconnu de ce pays ! Cessons donc l’hypocrisie… !

Oserai-je dire que celle-ci est tenace !



Monsieur Hollande s’est interrogé sur la « pertinence » de la présence française en Afghanistan.
-N'est-il pas pertinent de vouloir éradiquer le terrorisme ? et d'anéantir Al Qaïda ?
-N'est-il pas pertinent de combattre un pouvoir « taliban » obscurantiste ?
-N'est-il pas pertinent de lutter contre ceux qui méprisent et avilissent les femmes ?
-N'est-il pas pertinent de vouloir neutraliser les narco-trafiquants ?

Monsieur Laurent Fabius a quant à lui jugé cette décision « dangereuse et complaisante ». C’est une certitude : il est toujours dangereux de tenter d’éradiquer le terrorisme ! Monsieur de La Palisse n’aurait pas dit mieux ! Mais il vaut mieux en la matière faire preuve de courage que de complaisance !

A ceux qui sont tentés d'évoquer un alignement de notre pays sur les positions américaines, je rappelle simplement que notre volonté d’agir avec les Américains et l’OTAN dès la fin 2001, en Afghanistan, ne nous a pas empêché par la suite de nous montrer fort critique à l’intervention américaine en Irak.
Nous voulons lutter contre le terrorisme et ses bases arrières, c’est bien parce que nous savions qu’elles n’étaient pas sur le sol irakien que nous n’avons pas soutenu l’opération américaine et les évènements nous ont donné raison.
Si aujourd'hui nous renforçons nos troupes en Afghanistan, c’est parce que nous avons la certitude, malgré les difficultés rencontrées, que la stabilisation de cette région est essentielle pour lutter efficacement contre le terrorisme international. Cette analyse est la même que celle qui nous a amené à intervenir il y a six ans.

Elle nous conduit au sein de l’OTAN avec nos partenaires, à mener une réflexion de fond sur notre présence en Afghanistan : sur une nécessaire « approche globale » et sur une stratégie partagée qui lient l’action militaire aux efforts de développement du pays, à sa reconstruction et sur la nécessaire « afghanisation » du conflit, c'est à dire la prise en charge de la sécurité du pays par l’armée afghane formée entre autre par nos militaires.

Mes chers Collègues, plus de 11 000 soldats français sont aujourd’hui engagés dans des opérations extérieures à travers le monde : au Liban, au Kosovo, au Tchad, en Côte d’Ivoire…

Des hommes et des femmes, des professionnels compétents et reconnus, vont gagner le sol afghan dans les mois à venir.


A tous nous devons la confiance et le soutien sans faille de la représentation nationale.

Voilà Monsieur le Premier Ministre, la position et l’esprit du groupe UMP, celui de votre majorité.

Esprit mêlé d’une grande reconnaissance et d’un profond respect pour celles et ceux qui demain porteront les couleurs et les valeurs de la France.

Qui demain, porteront nos espérances de paix….

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